Sus aux crimes d'honneur
VIOLENCES
—Par Valérie Duby. Créé le 13 novembre 2011 à 23h01
Selon une étude publiée en l'an 2000, le Fonds des Nations Unies pour la population estime à 5000 le nombre de femmes victimes de crimes d'honneur chaque année dans le monde. Or, selon la majorité des organisations qui observent le phénomène, ce chiffre serait en réalité trois ou quatre fois supérieur.
A qui est destiné le manuel (gratuit) «Combattre les crimes commis au nom de l'honneur en Europe»?
Aux politiques, aux institutions et à la société civile. Le but de la Fondation Surgir est de mobiliser l'attention de tous les acteurs qui peuvent concrètement intervenir sur le terrain afin de s'opposer à ces pratiques criminelles.
Vous lancez un cri d'alarme!
Oui. Les premiers cas de crimes d'honneur ont été recensés au nord-ouest de l'Europe dès les années 1960-70. Depuis, la migration est en augmentation en Europe. Et plus il y a de migrants, plus il y a de risques.
En Suisse également?
Plusieurs cas ont été relayés dans les médias, dont celui de ce père pakistanais qui, en mai 2010 à Zurich, a tué sa fille de 16 ans à coups de hache. Méconnu, le crime d'honneur est trop souvent assimilé à de la violence conjugale, au meurtre passionnel.
Quelle est la différence?
Prémédité, le crime d'honneur est organisé par la famille et perpétré par l'un de ses membres. Il vise à restaurer un honneur familial bafoué si une jeune femme est suspectée d'avoir eu une relation - même une conversation - avec un inconnu, parce qu'elle fume ou s'habille trop court, etc. La coutume remonte à 4000 ans, il n'est pas facile de faire évoluer les choses...
Vous évoquez le manque de politique gouvernementale suisse en la matière, que l'on parle de prévention ou de répression...
Tout à fait. Des pays comme le Royaume-Uni, la Suède, les Pays-Bas ou la Belgique sont nettement plus en avance. Il est vrai que les communautés de migrants y sont plus importantes. En Suisse, le Conseil fédéral a estimé que cela faisait partie des violences domestiques. Mais le crime d'honneur doit être reconnu en tant que tel. La famille et la communauté le valorisent, elles sont complices.
Une lueur d'espoir tout de même?
Bien sûr. Prenez l'exemple des mariages forcés. En 2006, Surgir a commandé une première enquête sur le phénomène. Cela a suscité un élan indiscutable. Depuis, des campagnes de sensibilisation sont menées, financées par la Confédération.
Quelles recommandations faites-vous?
Il faut informer, faire de la prévention dans les écoles, sensibiliser les acteurs dans le domaine social, médical, policier. Il faut aussi que celles et ceux qui sont menacés de crimes d'honneur puissent changer de cantons, d'identités. La Suisse est un petit pays où l'on retrouve facilement les gens. N'oublions pas qu'un crime d'honneur peut être perpétré quarante ans après. C'est quelque chose qui se transmet de génération en génération!
(Le Matin)













