Nicolas Blancho joue à l’ambassadeur en Tunisie
Islam
—Par Raphaël Pomey. Créé le 15 novembre 2011 à 18h02
Nicolas Blancho prend-il un peu trop ses désirs pour des réalités? La question est ouverte au vu de l’une des dernières informations postées sur le site de son organisation, le Conseil Central Islamique Suisse (CCIS). Relatant un voyage effectué par le Biennois à Tunis ce week-end, un texte explique que le président du CCIS a présenté les félicitations des « musulmans suisses » à Rachid Al-Ghannouchi, leader du parti islamiste Ennahda, qui a récemment gagné les élections.
Problème: l’organisation de Nicolas Blancho – qui défend un islam assez rigoriste – divise fortement chez les croyants vivant en Suisse. Si ses dernières manifestations ont réuni de nombreux participants, beaucoup de fidèles contestent sa légitimité à parler au nom de tous les musulmans helvètes. Vice présidente de l'Union des organisations de cette religion à Genève, Lucia Dahlab en fait partie. Selon elle, Nicolas Blancho est coutumier des effets d’annonce un peu «gonflés». «Rien que le nom de son organisation me laisse perplexe, il a vraiment trop tendance à s’autoproclamer représentant de tout le monde.»
Blancho bientôt en politique? «Je laisse toutes les portes ouvertes»
Nicolas Blancho, de son côté, conteste toute prétention démesurée: «J’ai transmis les félicitations des musulmans suisses non pas parce que tous nous soutiennent au CCIS, mais parce que tous se réjouissent de la victoire d’Ennahda et de la tenue d’élections justes et correctes en Tunisie». Il précise beaucoup voyager ces temps «pour échanger des idées» et confie son désir d’aller bientôt rencontrer les nouvelles autorités politiques en Libye, ou dans un autre pays musulman ayant vécu une révolution cette année. Lui-même, rêve-t-il de futurs engagements politiques? «On en fait déjà, de la politique. Mais de façon plus officielle, dans un parlement par exemple, c'est une autre question. Je laisse toutes les options ouvertes.»
Politologue spécialiste du monde arabe, Hasni Abidi recommande quant à lui de ne pas exagérer l’importance de la réception accordée par le leader d’Ennahda à Nicolas Blancho. «Ghannouchi connaît fort bien la situation en Suisse. Beaucoup de personnes proches de son mouvement y vivent et lui transmettent des informations. Il doit donc savoir que Blancho n’est guère représentatif des musulmans d’ici.» Pour lui, cette rencontre ne devrait déboucher sur aucun partenariat concret mais montre bien que les islamistes sont conscients de la nécessité de créer des liens d'une région du monde à l'autre, Suisse comprise.
(LeMatin.ch)


















