Nicolas Mongelli:«Que la justice enlève ses œillères!»
AFFAIRE LUCA
—Par Laurent Grabet. Créé le 23 décembre 2011 à 23h57
Depuis cinq semaines, politiciens, magistrats et médias transalpins relancent l'affaire Luca et fustigent la justice valaisanne. Nicolas Mongelli, père de l'enfant retrouvé nu et inconscient dans les neiges de Veysonnaz (VS) en février 2002, nous en parle.
Le monde politico-médiatique italien prend l'affaire à bras-le-corps. Cela suffira-t-il à mettre en cause la thèse officielle?
J'espère, mais si le dossier reste en mains valaisannes, on n'y arrivera jamais. Il faut qu'un juge extérieur reprenne l'affaire car cela fait dix ans que les magistrats valaisans voient ce qu'ils veulent bien voir. Pour cela, nous allons porter plainte pénale contre x à Rome. Cela permettra aussi d'échapper à la prescription. Je me réjouis aussi car aujourd'hui (ndlr: hier), l'ambassade d'Italie à Berne a demandé à la conseillère fédérale Sommaruga de la rencontrer pour parler de Luca.
Comment réagit votre fils à ces soutiens inespérés?
Il est très content de voir qu'en Italie au moins on le croit. Car cela l'énerve beaucoup de ne pas être écouté par les magistrats suisses. C'est comme une seconde agression pour lui. A eux qui lui disent que c'est son chien qui l'a mis dans cet état et non pas des humains, il dit: «Vous étiez à l'endroit où tout cela m'est arrivé? Non. Alors?»
Rendrez-vous publique la vidéo de Luca donnant sa version des faits à sa mère cinq jours après sa sortie du coma?
On hésite car elle est violente. La diffuser dans «La vita in diretta», une émission grand public, pourrait choquer. Si ça bouge sans, on ne la diffusera pas. Sinon oui. A l'époque, le juge avait été informé de la sortie du coma de Luca mais n'avait pas organisé d'interrogatoire malgré nos demandes. Ensuite, il avait critiqué notre démarche. Qu'aurions-nous donc dû faire?
Que dit votre fils sur la vidéo?
Il y apparaît lucide malgré la cécité et la paralysie découlant de son agression, et arrive presque à décrire ses agresseurs. Il dit qu'il a été poussé dans la neige et que ceux qui lui ont fait ça sont les mêmes qui, l'été précédent, lui avaient donné à boire un gobelet avec des fourmis dedans lors d'un bizutage.
La justice valaisanne ne s'émeut guère de ce qui se passe en Italie. Qu'en pensez-vous?
Je suis indigné. Quand le procureur général Gross affirme que, si la justice italienne apporte de nouveaux éléments, il les examinera, il se fout de la gueule du monde! Les éléments forts et les incohérences existent, mais la justice fait comme si de rien n'était. Qu'ils enlèvent leurs oeillères! Est-ce un chien qui a pu déshabiller mon fils, le badigeonner d'un produit gluant, le maintenir dans la neige 45 minutes jusqu'à l'hypothermie et le coma et ce sans jamais le mordre? Les spécialistes italiens qui ont épluché les 1300 pages du dossier ont été abasourdis par l'amateurisme des enquêteurs. Une plainte pénale contre les deux juges ayant eu ce dossier en main est envisagée.
Tout ça n'est pas l'occasion pour certains de se faire mousser sur le dos de votre fils?
La députée Mussolini, qui est mère elle-même, est sincère dans le soutien qu'elle nous apporte. Elle a pleuré lorsque j'ai parlé avec elle après la première émission. Et puis nous ne sommes plus en période électorale. Quant au célèbre Me Marrazita, qui nous a proposé ses services, il n'a pas besoin de ça pour se mettre en avant! Tous ces gens se démènent pour Luca. Je n'ai jamais vu ça. Ils veulent vraiment que la vérité éclate! Peut-être que les traces ADN retrouvées sur mon fils, mais inexploitables à l'époque, nous y aideront...
(Le Matin)












