Michelle Pfeiffer: «Je vis mes fantasmes au cinéma!»
INTERVIEW
—Par Propos recueillis par Henry Arnaud. Créé le 19 décembre 2011 à 22h17
A 53 ans, Michelle Pfeiffer est l’une des plus belles actrices américaines. Elégante, sensuelle, intelligente et réservée, elle mène sa vie comme sa carrière, discrètement et le plus souvent loin des écrans. Après «Hairspray» avec Travolta, elle retrouve Zac Efron dans la comédie romantique «Happy New Year» et donne une leçon de séduction à toutes les couguars de Hollywood.
Vous incarnez une réceptionniste discrète, séduite par un jeune coursier qui a la moitié de votre âge. Avez-vous hésité?
Non. C’est même moi qui ai demandé au réalisateur Garry Marshall (ndlr «Pretty Woman») de modifier le script afin que je puisse embrasser Zac Efron… J’ai accepté ce rôle sans connaître le nom de mon partenaire. Quand on m’a dit que Zac était intéressé, j’ai été soulagée. Nous nous connaissions. Et lorsque nous nous embrassons, c’est presque improvisé.
Vous avez 53 ans et Zac Efron 24. Aucune hésitation, vraiment?
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que mes partenaires masculins rajeunissent au fur et à mesure que je prends de l’âge… Je suis actrice et je fais ce que le réalisateur me demande. Dans ma vie privée, je suis une épouse mariée depuis presque 20 ans ( ndlr: avec le producteur et créateur de télé David E. Kelley). Le cinéma me permet de vivre mes fantasmes. ( Rires.)
Que diriez-vous si une femme de votre âge vous annonçait avoir une liaison avec un garçon de 20 ans?
Une femme d’âge mûr amoureuse d’un jeune homme et aimée en retour: je n’ai rien contre cette idée. C’est une discussion à avoir entre adultes consentants et un débat de société passionnant.
Vous affichez votre cinquantaine avec fierté. Comment la vivez-vous?
Comme toutes les femmes, j’avais peur de cette étape, car j’en avais une conception erronée. Je me disais que ma vie allait changer, que je serai différente physiquement et mentalement… En vérité, il n’en a rien été. Le lendemain de mon anniversaire, j’ai réalisé que ma vie était formidable et que j’aurais tort de me plaindre. Les rides qui s’accumulent sont le signe d’années de joie ou d’épreuves, mais c’est cela qui m’a aidée à être la femme épanouie que je suis.
Que cela soit génétique ou «magique», votre beauté a de quoi surprendre…
Je dis souvent qu’avoir 50 ans aujourd’hui, c’est comme avoir 30 ans dans les années 1970… On a la vie devant soi! Je suis consciente d’être privilégiée. J’ai un travail que j’adore, une famille formidable. Je ne joue la comédie que lorsqu’un projet exceptionnel se présente. Je suis difficile à convaincre et ne tourne pas plus de quelques semaines par an. C’est un vrai luxe.
Revenons à votre physique, comment l’entretenez-vous?
J’ai arrêté de fumer à 30 ans, ce qui a changé ma vie. Ensuite, je fais très attention à moi lorsque je prépare un tournage. Régime, gym, spa: tout y passe. Mais je me laisse aller lorsque je ne suis pas au travail et j’évite de me montrer en public, c’est tout. (Rires.) A l’époque de Marilyn Monroe, il était plus simple de se cacher et d’entretenir un mythe. Internet n’existait pas!
Qu’est-ce qui vous aide à accepter le cumul des années?
C’est facile: on me demande si j’ai peur de vieillir depuis que j’ai 35 ans. Au début, j’étais surprise. Maintenant, j’en ai 53 et j’accepte sans problème chaque nouvel anniversaire.
Vous n’hésitez pas à vous vieillir dans certains films. Par jeu?
Oui. Cela m’évite de croire ce que l’on lit dans les magazines lorsque l’on me dit que je suis belle. (Rires.) Il y a quelques années, je me suis vraiment amusée à incarner une sorcière dans «Stardust». Le réalisateur, Matthew Vaughn, avait poussé cela à l’extrême puisque mon personnage avait près de 5000 ans. Le film, un conte, abordait des thèmes qui me sont chers: la perception de la beauté, le vieillissement chez les femmes, notre obsession de la jeunesse éternelle… Une séquence m’a effrayée: lorsque Lamia a la moitié du visage qui se décompose. Je pouvais m’observer entre les deux. C’était vraiment perturbant! (Elle éclate de rire.)
Vous avez pris 4 ans de semi-retraite. Pourquoi?
J’ai deux enfants (ndlr: Claudia, 19 ans et Jack, 17 ans). Je veux profiter de chaque année qui passe à leurs côtés. Je refuse d’être une maman absente. Mon mari est suffisamment occupé par sa carrière. J’avais une société de production. J’ai mis la clé sous la porte en 2000 après avoir produit «Aussi profond que l’océan» et «Un beau jour». Deux bonnes expériences.
Quel a été le premier film de votre carrière que vous montrez à Claudia et John?
Claudia avait 7 ans. J’ai cherché quel était le film le plus approprié. J’ai choisi «Grease 2». Ils ont trouvé ça tellement ennuyeux qu’ils ont arrêté de regarder après un quart d’heure. J’ai réalisé qu’ils avaient bon goût en matière de cinéma! (Rires.)
Est-ce que vous avez songé déjà à votre carrière dans les dix prochaines années?
J’espère suivre le chemin tracé par Meryl Streep et Susan Sarandon. Mon idéal professionnel serait de ressembler un jour à Judi Dench. J’espère réussir à être à son niveau au fil des années. Dans chacun de ses films, elle donne une leçon de cinéma à toutes les actrices.
(Le Matin)


















