Raphaël Millius: «Je suis gay et je l’assume!»

interview

Mister Suisse romande 2011 aime les garçons. Il en parle ici pour la première fois avec sincérité et émotion.

Par Propos recueillis par Didier Dana. Créé le 09 novembre 2011 à 22h59

Dehors, le lac et le ciel sont brouillés. Il pleut des cordes. Un temps de chien qui n’altère pas le sourire du Valaisan Raphaël Millius, 25 ans, Mister Suisse romande 2011. Rien ne semble pouvoir contrarier la bonne humeur de ce garçon qui jouit d’une vue imprenable, pas même les tourments de la nature. Il habite Lutry (VD) et depuis sa terrasse les vignes rousses offrent un spectacle saisissant. Ce jour-là, le jeune homme a décidé de parler de lui. De dire qu’il préfère les garçons. Il lève le voile sur son parcours et sa vie privée. Avec justesse, pudeur et émotion.

Qu’est-ce qui vous motive à parler de vous et de votre vie privée?

Je me sens parfaitement bien dans ma peau. J’aimerais que l’on m’accepte tel que je suis: quelqu’un de vrai et d’entier. Et, comme je ne suis plus un anonyme, sans être une célébrité ( rires) , je souhaite que mon coming out permette une certaine ouverture d’esprit.

Que dites-vous à ceux qui affirment que Mister Suisse romande doit être un hétéro pur et dur?

Je refuse les cases. Elire un Mister Suisse romande gay? Non merci. On ne demande pas au gagnant de faire un maximum de conquêtes féminines pendant son règne, mais de savoir se comporter en société, de connaître une certaine réussite professionnelle, d’avoir de l’entregent. J’ai été élu sur mon physique et mon charisme, ma faculté à savoir m’exprimer. J’ai beaucoup voyagé dans ma vie, j’ai fait du théâtre: voilà ce qui est déterminant.

Vous ne souhaitiez pourtant pas en parler avant l’élection.

Non, car encore une fois, ce n’est pas un critère décisif. Les autres candidats ne le savent pas. J’ai l’air d’un garçon, je suis soigné. Oui, je suis gay. Et alors? Le monde change, il évolue. Nous vivons dans une société où les hommes, hétéros en tête, assument aussi leur part de féminité.

Il vous fallait le temps de digérer tout ça?

Oui. En mai dernier, une fois élu, il était trop tôt pour le dire. A quoi bon polémiquer? Tous mes proches sont au courant. Je ne heurte personne, je n’en voyais pas la nécessité. Ce n’est plus un tabou à notre époque. Pourtant, on enregistre un taux de suicides élevé chez les jeunes qui découvrent leur homosexualité et la vivent mal, jugés par un entourage qui ne les accepte pas. Aujourd’hui, des personnalités telles que Laurent Ruquier l’assument. Mon cheminement personnel n’a pas été simple. Pour moi, en parler est une forme de thérapie. J’ai appris à m’aimer. J’ai toujours eu un énorme problème avec mon physique…

De quoi avez-vous souffert au juste?

Plus jeune, j’étais complexé, trop potelé, pas assez bien dessiné. Côté sentiments, j’ai d’abord connu des filles. Ma première expérience avec un garçon, je l’ai vécue à 20 ans. Lui était hétéro. Ce fut une révélation pour moi qui doutais. Mais ce n’était encore qu’une toute première expérience. Pour corser les choses, j’ai longtemps été amoureux d’une fille superbe. Elle ne voulait rien entendre. J’ai su bien plus tard qu’elle aimait les femmes… ( Rires.)

Qu’est-ce qui vous dérangeait dans la découverte de vous-même?

Je souhaitais que cela ne m’arrive pas, car à entendre les autres, l’homosexualité était une maladie. Entre 14 et 16 ans, j’ai pratiqué le rock acrobatique. J’essuyais les moqueries habituelles: «Mais il est gay!» Peut-être le sentais-je, mais je le reniais. Je n’avais pas pleinement conscience de ce qu’allait devenir ma sexualité. Il y a eu le football que mon père a pratiqué à un très haut niveau. Je m’y suis astreint 4 ans pour briller à ses yeux en tant qu’homme. Je voyais bien que ça n’était pas mon truc. A un moment de ma vie, je me suis demandé si tout le monde avait su avant moi. J’étais inquiet. J’ai feint la bisexualité, deux ou trois mois. Les masques sont rapidement tombés. Aujourd’hui, je repère un homo dans un couple «hétéro». Parfois j’ai envie de dire à sa femme: «Excusez-moi madame, mais votre mari est gay!» ( Rires.)

Cela a été difficile à annoncer à vos parents?

Il a fallu leur avouer un jour que le modèle idéal, à savoir l’homme, la femme, la poussette et le chien, ça ne serait pas le mien. Je ne voulais pas décevoir ma mère et je pensais à la fierté de mon père. Ils le savent et l’ont accepté, même si c’est difficile à entendre. Mes parents se sont séparés lorsque j’avais 3 ans. Aujourd’hui, ils sont fiers de moi.

Vous semblez à l’aise en public et devant l’objectif.

En vérité, j’ai constamment besoin de me rassurer. Je prends une revanche sur tout ça. Je suis content de mon parcours professionnel en tant que manager de la marque Guerlain pour la Suisse romande. Je vis en couple avec mon ami depuis 1 an et demi et je suis heureux.

Vous avez goûté à une certaine notoriété grâce à votre titre. Cela vous plaît?

Oui. Même si je ne veux pas être estampillé «Mister Gay». Je ne milite pas. En revanche, cela pourrait m’aider à vivre certaines passions, comme le théâtre. Je rêve d’un one-man-show. J’en ai même plaisanté avec Recrosio. Qui vivra verra!

(Le Matin)

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