Christian Constantin: «Plus j’avance, moins j’ai envie d’arrêter»
FOOTBALL
—Par Renaud Tschoumy. Créé le 19 décembre 2011 à 23h41
Non, Christian Constantin ne lâchera rien. Depuis samedi, le foot suisse vit sous la menace d’une suspension, la FIFA ayant sommé l’ASF de régler le cas du FC Sion jusqu’au 13 janvier. Mais le patron du club ne varie pas sa manière de penser – et d’agir – d’un iota.
Son avocat, Alexandre Zen-Ruffinen, a confirmé que plainte serait déposée contre Sepp Blatter pour contrainte, et Constantin est très clair quant à ses intentions. Mais ne devrait-il pas, au contraire, mettre la pédale douce et lâcher du lest, de manière à ne pas embarquer tout le football suisse dans la gonfle? L’architecte martignerain clame le contraire et a réponse à tout. La preuve.
Christian Constantin, combien voulez-vous pour arrêter tout ce cirque?
Je vous répondrai simplement que je préfère l’odeur des vestiaires et de la Ligue Europa que celle des tribunaux. Mais ce n’est pas pour autant que je reculerai.
Si la Swiss Football League ne vous retire aucun point, mais que, en contrepartie, elle suspend vos joueurs pour toute la deuxième phase de championnat, accepterez-vous le deal?
La SFL n’a pas à nous retirer quelque point que ce soit, dans la mesure où nous avons toujours suivi les directives qu’on nous a formulées. Quand les joueurs ont été qualifiés, ils ont joué. Quand ils ont été suspendus, on a obéi et on ne les a pas alignés. Je suis pris dans une affaire de vol de voiture, et dans ce genre d’affaires, ou tu es le voleur, ou tu es le volé. En l’occurrence, je suis le volé.
Et si la SFL vous retranchait dix points et que, en compensation, elle vous payait un million de francs de dommages et intérêts?
Je vous répète que la SFL n’enlèvera rien du tout. J’irai jusqu’au bout, et si, sur le fond, il en ressort que mon club et moi avons été lésés, on fixera le montant des dommages et intérêts. Sinon, eh bien tant pis, j’assumerai.
Avez-vous un sentiment de culpabilité par rapport au sélectionneur national Ottmar Hitzfeld ou à votre homologue bâlois Bernhard Heusler?
Quand Kadhafi a donné l’ordre d’abattre l’avion de la PanAm au-dessus de Lockerbie en guise de représailles contre les Etats-Unis, est-ce que le peuple américain a eu un sentiment de culpabilité? Non. Les Américains ont dit que c’était du terrorisme, sans aller chercher plus loin. Dans le cas du FC Sion, c’est un peu la même chose.
Vous avez dit dans les colonnes du «Matin Dimanche» que vous saviez que cette histoire se terminerait par un duel entre le patron de la FIFA, Sepp Blatter, et vous-même. Pourquoi ne réglez-vous pas ce contentieux autour d’une raclette?
Mais je vous signale que je suis allé voir Sepp à Zurich avant que toute cette affaire n’éclate! Ce jour-là, il n’a pas saisi l’importance de l’enjeu. Il estimait que ses services avaient rendu des décisions, alors que ce n’étaient que des interprétations. Je lui ai proposé de donner un effet suspensif, mais Sepp m’a répondu qu’il ne s’occupait pas de cette affaire. Dès ce moment-là, j’ai su qu’il était dans son camp, et moi dans le mien. Mais sinon, je n’ai pas de mauvais rapports avec lui.
Combien toutes vos actions en justice vous coûtent-elles?
C’est à la fin du bal qu’on paie l’orchestre. Si j’obtiens gain de cause, j’aurai des dommages et intérêts. Mais l’honneur est plus important que l’argent.
Vous n’avez pas répondu…
Encore une fois, je ne compte pas. Mais, plus je vais de l’avant, moins j’ai envie d’arrêter, tant je trouve le système injuste. On oblige en fait n’importe quel athlète à aller se présenter au TAS, à ses frais, dès qu’il veut se défendre. Certains cyclistes y laissent leurs économies gagnées sur les cols du Tour de France, car tous n’ont pas gagné ce qu’un Contador a amassé, par exemple. C’est injuste, c’est scandaleux. Alors, je vous le répète: plus j’avance, plus j’ai envie d’aller au bout.
Admettez-vous de passer pour le fossoyeur du foot suisse?
Ecoutez, si la Suisse accepte d’être un pays de collabos, ce n’est pas ma manière de voir les choses. Certains ont laissé passer les trains allemands à travers le pays pendant la Seconde Guerre mondiale, mais je ne suis pas de ceux-là. Tous les Suisses devraient s’offusquer de ce qui se passe, et non fermer les yeux. On se trouve face à une pseudo-puissance et on devrait leur laisser tous les droits? Non.
Mais l’équipe nationale et le FC Bâle sont menacés…
(Il coupe.) Croyez-moi, la Suisse jouera tous les matches qu’elle voudra et Bâle défiera Bayern Munich en Ligue des champions. Ces menaces portent un nom: la contrainte.
N’avez-vous pas peur de ne jamais construire votre stade au Qatar, maintenant que vous êtes en bisbille avec la FIFA?
Ne vous en faites pas, les gens qui organiseront la Coupe du monde 2022 ne seront pas les mêmes que ceux qui dirigent la FIFA actuellement.
Christian Constantin, passez-vous de bonnes nuits?
Si la question déguisée est: «Est-ce que les angoisses occupent mes nuits?» je vous réponds que non. Je passe des nuits tout à fait normales.
Et les journées?
Je m’organise en fonction de ce que je dois faire. Je n’ai aucun problème avec ça.
(Le Matin)



















