Profession: mécène étranger

FOOTBALL

Les deux clubs romands de Super League qui connaissent des difficultés administratives (NE Xamax et Servette) sont gérés par des propriétaires étrangers. Comment en est-on arrivé là?

Par Julien Caloz. Créé le 17 décembre 2011 à 00h09

Majid Pishyar (Servette) et Bulat Chagaev (NE Xamax) taisent leur patrimoine, promettent des salaires en fin de mois et invitent quiconque en aurait la folle idée à prendre leur place de mécène étranger en Super League. «Si ma décision de licencier João Alves n’est pas soutenue par le public, je peux conclure que mon engagement n’est pas apprécié et, donc, que je dois réduire mes services», avertit Pishyar. Chagaev, moins nuancé: «Si un Suisse veut reprendre Xamax, je suis prêt à le lui donner gratuitement.»

Bosman ouvre la porte
La menace des deux dirigeants est encouragée par un secteur d’activité qui ne reconnaît plus les fortunes honorables. «Les moyens nécessaires pour entretenir un club semblent au-dessus des forces d’un être normal», note Paul-André Cornu, bienfaiteur d’Yverdon Sport.

Les citoyens helvétiques (Bezzola, Luisier, Weiller, etc.) ont longtemps entretenu les institutions romandes, jusqu’à ce que l’arrêt Bosman (1995) ne les déshérite: les droits télé ont explosé à l’étranger, les talents naissants (Anderson, Elber, etc.) n’ont plus biberonné en Suisse et les moyens financiers sont venus à manquer. «Depuis cette date, les droits télé représentent 30 à 70% du budget des clubs étrangers contre 2 à 7% de celui des clubs suisses, constate Edmond Isoz, directeur de la SFL. L’arrêt Bosman a par ailleurs coïncidé avec une réorganisation des secteurs de l’immobilier et de la construction, d’où de nombreux présidents romands étaient issus.»

«Il faudrait être fou!»
Dépourvus de ressources suffisantes, les acteurs économiques du football ont réclamé le soutien de mécènes étrangers. Canal+ a décrypté Servette (1997), Waldemar Kita repris Lausanne (1998) et Gilbert Kadji (1999) le FC Sion.

«Ils sont venus car ils ne connaissaient pas notre pays et se sont dit qu’ils pouvaient être rapidement visibles sur la scène européenne, se souvient l’ancien patron du LS, Philippe Guignard. Aujourd’hui, il faudrait être fou pour diriger un club en Suisse, où celui qui entreprend quelque chose est immédiatement critiqué. Prenez Bulat Chagaev: d’un point de vue strictement footballistique, il fait tout juste.

Pourtant, tout le monde lui tombe dessus.»
Dans l’espoir d’encourager les vocations locales, Edmond Isoz et Paul-André Cornu militent pour des ambitions raisonnables. Les difficultés des clubs romands, disent-ils, sont alimentées par une surpopulation francophone en Super League. «Comment voulez-vous que quatre clubs cohabitent sur un territoire de 1,7 million d’habitants, lorsque près de 400 000 d’entre eux vont voir du football à Berne et à Bâle?» lance Paul-André Cornu.

(Le Matin)